Fêla Kefi Leroux Carthage, 1944
Les figures de mes tableaux sont les présences intérieures qui m’accompagnent depuis 1964, silhouettes fidèles de ma mémoire.
Fela Kefi Leroux
Fêla Kefi Leroux est une artiste franco-tunisienne née à Carthage, en Tunisie, dont le parcours artistique se déploie entre Tunis et Paris depuis le début des années 1960. Formée à un moment charnière de l’histoire de l’art moderne en Tunisie, elle est diplômée avec les plus hautes distinctions de la section Arts décoratifs de l’École des Beaux-Arts de Tunis, où elle étudie auprès de figures majeures telles que Safia Farhat, Mahmoud Shili et Abdelaziz Gorgi. Elle reçoit le Prix d’Excellence des mains du président tunisien Habib Bourguiba, marquant une reconnaissance institutionnelle précoce de son travail.
Au milieu des années 1960, Fêla Kefi Leroux poursuit sa formation à Paris à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs, où elle se spécialise en arts muraux et en architecture intérieure. Elle est résidente à la Cité internationale des arts de 1966 à 1970, une période déterminante au cours de laquelle elle approfondit son engagement envers les arts décoratifs, les pratiques spatiales et l’expérimentation matérielle.
En 1966, elle participe à Tendances et Confrontations dans le cadre du Premier Festival mondial des arts nègres à Dakar, sous le patronage du président Léopold Sédar Senghor. En tant que l’une des premières artistes tunisiennes à prendre part à cet événement transnational majeur, sa présence inscrit sa pratique au sein d’un réseau élargi d’artistes, de penseurs et d’acteurs culturels engagés dans les questions de modernité, d’identité et d’esthétiques postcoloniales — comme documenté dans Embracing Blackness at the First World Festival of Black Arts, un article de Beya Othmani.
À partir des années 1970, Fêla Kefi Leroux développe une pratique soutenue à Paris tout en maintenant des liens étroits avec la Tunisie. Elle poursuit un engagement continu avec le dessin, notamment à l’Académie de la Grande Chaumière, parallèlement à son travail de peinture et de céramique. Son expérience dans le domaine de la décoration intérieure, incluant un travail à l’atelier de Madame Brunau à la Cité internationale des arts en 1968, puis auprès de Mercier Frères sous la direction d’André Mercier, joue un rôle déterminant dans l’attention qu’elle porte aux surfaces, aux structures et à la relation entre l’image et l’espace.
Sur plusieurs décennies, son œuvre s’est développée comme une exploration profondément humaniste de la figure. Ses portraits et nus, marqués par la retenue et la sensibilité, déploient une réflexion à la fois discrète et persistante sur la présence, la mémoire et l’intériorité. La lumière et l’ombre y sont envisagées non comme des effets, mais comme des forces compositionnelles qui façonnent la résonance émotionnelle des images.
La redécouverte de son travail est étroitement liée aux recherches récentes en histoire de l’art, notamment celles de Jessica Gerschultz, en particulier à travers sa publication Decorative Arts of the Tunisian École, dont la couverture reproduit sa céramique L’Agriculture (1964).
En 2026, une sélection de dessins des années 1960 sera présentée dans l’exposition Museum Arnhem Goes Naked (14 mars – 20 septembre), faisant suite à Partisans of the Nude à la Wallach Art Gallery de l’Université Columbia, à New York.
Son travail a été exposé à l’international et est conservé dans plusieurs collections publiques et privées, notamment celle de la Barjeel Art Foundation.
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Read the article by Beya Othmani on Hyperallergic
Fela Kefi Leroux, Embracing Blackness at the First World Festival of Black ArtsBeya Othmani, Hyperallargic, Mars 6, 2023 -
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