Amal Abdenour Naplouse - Val-de-Marne, 1931-2020

Biographie

Amal Abdenour est une artiste plasticienne d’origine palestinienne, dont l’œuvre s’inscrit à la croisée des pratiques picturales, de l’électrographie et de l’installation. Formée aux techniques classiques, elle développe à partir de la fin des années 1960 une démarche pionnière dans les champs du Copy Art et du Body Art, notamment à travers l’usage expérimental du photocopieur, qu’elle investit comme médium principal pendant près d’une décennie.

 

Née en 1931 à Naplouse, en Palestine, Amal Abdenour est la benjamine d’une fratrie de cinq enfants. En 1948, au moment de la Nakba, sa mère, veuve depuis quelques années, décide de s’installer avec sa famille au Caire, abandonnant les terres et les biens agricoles qui assuraient jusque-là leur subsistance. Après ses études secondaires, Amal Abdenour intègre l’École des Beaux-Arts de Zamalek, où elle entre en contact avec des figures majeures de l’art moderne égyptien, telles que Ramsès Younane et Inji Efflatoun, fondateurs du mouvement Art et Liberté. Elle y rencontre également le peintre William Ishaq, qui l’initie à la pensée marxiste et aux milieux de la jeunesse communiste de l’époque.

 

En 1952, dans un contexte de répression politique sous le régime de Nasser, Amal Abdenour, son frère jumeau Souhail, William Ishaq et de nombreux intellectuels sont arrêtés. Amal et Souhail sont emprisonnés pendant deux ans et demi à la prison de la Citadelle du Caire, une expérience déterminante qui marque durablement sa conscience artistique et politique. À sa libération en 1955, elle participe à plusieurs expositions, présentant notamment des œuvres réalisées en détention, des peintures à forte teneur politique, nourries par la figuration occidentale contemporaine.

 

Après un séjour en Libye, Amal Abdenour s’installe à Paris en 1962, où elle choisit de poursuivre sa formation artistique. Elle suit les cours municipaux de dessin de la Ville de Paris et intègre l’École des Beaux-Arts, dans l’atelier d’Albert Lenormand. Elle y obtient un diplôme en peinture murale, fresque et mosaïque, tout en se confrontant aux courants artistiques émergents et à la recherche de nouveaux médiums.

 

Les bouleversements sociaux et politiques de la fin des années 1960 entraînent un tournant décisif dans sa pratique. En 1970, elle découvre ce qu’elle nommera plus tard « la machine » — le photocopieur — qui transforme radicalement son travail. Pendant près d’une décennie, l’électrographie devient son unique médium. À travers des autoportraits en noir et blanc puis en couleur, réalisés sur des machines RanXerox à partir de 1974, elle développe un corpus qui la place parmi les pionnières du Copy Art et du Body Art, en France comme à l’international.

 

Ses autoportraits électrographiques donnent à voir des corps fragmentés, distordus, recomposés — autant de recherches sur l’identité, l’exil, le genre et la représentation de soi. Le corps, exposé, multiplié, affranchi de toute contrainte morale, devient à la fois sujet et lieu de résistance. À partir du milieu des années 1970, sa pratique s’étend de plus en plus à l’espace public, glissant du Copy Art vers le Poster Art et le Slogan Art.

 

En 1977, Amal Abdenour obtient un atelier à Nogent-sur-Marne, où elle crée un environnement marqué par les signes et les matériaux de la guerre — pierres, sable, bambou — transformant le lieu en un mémorial permanent du conflit et du déplacement. Son travail retrouve alors une dimension explicitement politique : elle investit la rue avec ses affiches, affirmant sans détour son identité palestinienne et son engagement militant.

 

Le travail d’Amal Abdenour a été présenté dans de nombreuses institutions, notamment au Palais de l’UNESCO, au Musée d’Art Moderne de Paris, à la Maison de la Culture de Rennes et à l’Enseigne des Oudin. Son œuvre fait aujourd’hui l’objet d’une attention renouvelée à travers des recherches récentes et son intégration sur AWARE – Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, participant à la relecture de son rôle pionnier dans l’histoire des pratiques artistiques expérimentales et politiques.

 

Amal Abdenour s’éteint le 8 novembre 2020, à l’âge de 89 ans, laissant une œuvre située à la croisée de l’expérimentation plastique, de l’engagement politique et de l’expérience vécue de l’exil.

Œuvres
  • Autoportrait à la Goya
    Autoportrait à la Goya
  • Le marre de café
    Le marre de café
  • Untitled
    Untitled
  • Sans titre
    Sans titre
  • Sans titre
    Sans titre
  • Sans titre
    Sans titre
  • Maman ne pleure pas! Je suis bien! 2
    Maman ne pleure pas! Je suis bien! 2
  • Maman ne pleure pas! Je suis bien! 1
    Maman ne pleure pas! Je suis bien! 1
  • Autoportrait à la Nefertiti
    Autoportrait à la Nefertiti
  • Sans titre
    Sans titre
  • Autoportrait vert
    Autoportrait vert
Expositions
Vues d'installation
Presse
Actualités